Morphine et p'tites pizzas - 2
Allez roule-moi, roule-moi la pâte, ça me plaît, ça m’émeut,ffice
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Quand je vois voltiger les mains blanches de mon cordon bleu,
Mieux encore que dans la chambre, je t’aime dans la cuisine.
Rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine.
Claude Nougaro – Rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine.

Elle s’affaire, énergique.
Nue à l’exception de ses bottillons.
Ses seins généreux balancent au gré de l’effort, superbes.
De temps à autre, elle me jette un petit regard, rapide, puis reporte son attention sur la préparation.
Je suis fascinée par ses longs doigts qui pétrissent avec ardeur, qui entrent dans cette jolie pâte encore incertaine, ressortent, malaxent ; contrepoint des paumes qui rassemblent et roulent, habiles.
Elle est en sueur.
Je la voulais, cette sueur, je la désirais.
Elle s’inquiète :
- ça va, ton dos ?
- Plutôt bien, merci. En te regardant, je repense à cette fiction que j’avais écrite il y a quelques temps…
- Laquelle ?
- « La boulangère », l’histoire de cette superbe jeune femme, mariée à un boulanger, qui pétrit la pâte avec tout son corps dans l’atelier surchauffé de son époux amoureux mais vicelard…
- Tout cela devant quelques barbons voyeurs qui, à la fin, achètent ces pains spéciaux à prix d’or ! Je me rappelle, oui. Heureusement que tu n’invites pas les vieux cochons du voisinage !
- Hi hi ! à l’époque, déjà, j’imaginais la boulangère à ton image : l’œil et le cheveu noir – long ; plantureuse… surtout la poitrine…
- Et pourtant, tu ne me connaissais pas encore !
- Non. (un temps) peut-être que je t’ai attendue toute ma vie ?
Elle se penche vers moi - la base de ses seins et son ventre couvrent la pâte, pour m’embrasser. En lui rendant son baiser, j’imagine sa sueur qui imprègne, se mélange à notre futur repas.
L’excitation s'insinue en moi :
- Je voudrais te voir faire la même chose !
- Oh ! (son trouble me réjouit) mais c’était quand même très spécial, surtout vers la fin !
- Et alors ? Je veux retrouver ta saveur dans chaque bouchée que j’avalerai. Ce n’est pas vicieux puisque je t’aime ! Et encore, durant tout le repas, pouvoir contempler ta peau encore couverte de farine.
Son regard,soudain passionné, me brûle ; et le rose de ses joues ne doit rien à la gêne.
Mon cœur bat plus vite, plus fort.
Va-t-elle dire oui ?
Elle me considère, immobile, durant quelques secondes.
Ses lèvres (ô combien) charnues s’étirent en un petit sourire discret tandis qu’elle jette un peu de farine sur la pâte d’un geste faussement nonchalant.
Avec une lenteur calculée, ses doigts reprennent leur travail tandis qu’elle écarte largement les pieds afin de descendre son centre de gravité.
Elle se penche.
Ses seins couvrent la pâte.
Désormais, ses mains pétrissent de telle façon que l’aliment vienne se frotter à sa peau, à ses tétins sombres qui ne tardent guère à s’étrécir en vagues de petits plis délectables à l’œil.
La pasta, écrin vivant de sa poitrine, monte à l’assaut de la gorge, retombe pour mieux contourner les seins, gicler d’entre eux, les couvrir pour en absorber la suée divine, tel un épais buvard « jaune de Naples », docile et malléable à souhait.
Jamais pizza n’a été préparée avec autant de passion.
En la regardant faire, en l’admirant de toutes mes forces, je comprends combien elle doit m’aimer pour se prêter ainsi au moindre de mes caprices.
L’amour est jeu.
Il DOIT être jeu.
Pour s’épanouir.
Elle fait durer mon plaisir au-delà des dix minutes de malaxage recommandées et, en guise d’apothéose, promène, roule partout sur elle, l’objet comestible de mes fantasmes délirants avant de le reposer sur la table et le couvrir d’un drap pour le laisser reposer.
Je déglutis, excitée :
- Pas mal ! Pas mal du tout pour un début !
- Un début ? Parce que tu vas me demander de toujours faire la pizza de cette façon ?
- Pourquoi pas ? Et nous n’en sommes qu’à la moitié du travail… rappelle-toi la suite du texte !
- Tu… tu voudrais vraiment que…
- Bien sûr que oui !
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La garniture tomate est prête, les fruits de mer aussi.
Dans le divan, je suis couchée contre elle et la couvre de baisers pressants. Calculatrice, je l’ai poussée à prendre un petit apéro pour achever de la désinhiber :
- Dis ouiii !
- Tu as de ces idées, toi, alors !
- Ben non, quand tu y réfléchis bien ! Dans le temps, comment faisait-on le vin, hein ?
- Oui… mais quand même !
- Tu veux encore un peu d’absinthe ?
- Comique, c’est du ricard ! Et puis, tu crois que je ne te vois pas venir ? En temps normal, tu me fais déjà faire tout ce que tu veux, alors avec deux ou trois apéros !
Avec précautions pour ne pas réveiller la douleur, je descend vers son entrecuisse glabre (depuis l’Italie, elle entretient une épilation totale) pour embrasser son sexe, le titiller, l’agacer.
Sa main se perd dans mes cheveux :
- Pas besoin de… tu sais bien que je ne peux rien te refuser !
- C’est mon apéro à moi puisque je ne peux pas consommer le moindre alcool avec mes médicaments !
- Tu es la plus délicieuse des garces !
- Maiiis, moi aussi, je t’aime !
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Je retire le drap qui couvre la pâte tandis qu’elle grimpe sur la table, déchaussée. Quelques pas de danse ébauchés sur fond de Gary Glitter, pour chasser les dernières gênes.
Elle se décide enfin.
Ses jolis pieds, fins, racés, entrent dans la pâte qu’ils commencent à malaxer du mieux qu’ils peuvent.
En 30 secondes, elle a trouvé le truc.
Le spectacle me fait un effet pas possible…
Et il est beaucoup trop court à mon goût ;
je râle :
- Encore un peu, quoi !
- Non, autrement la pâte va durcir ! Le deuxième pétrissage ne sert qu’à délier et il doit être court !
- Je sais ce qu’il me reste à faire pour la prochaine fois : les pieds dans la farine dès le début !
- Tu préfères une grande pizza épaisse ou deux plus fines ?
Nouvelle idée :
- Une grande épaisse !
Le temps de le dire, elle descend de la table et empoigne le rouleau.
La pizza prend forme.
Je m’écrie :
- Stop ! C’est parfait ainsi !
- Mais non, encore un peu !
En quelques mots, je lui explique ce que je désire. Elle me regarde, un peu éberluée, et se répète :
- Toi alors !
Puis, mi-fataliste mi-amusée, elle accède à mon envie en s’asseyant, les fesses bien centrées au milieu de la pâte.
Je l’encourage :
- Allez ! Frétille un peu du popotin pour…
- D’accord, d’accord !
Son rire.
Lorsqu’elle se retire, la pâte a gardé son empreinte.
Je désigne la forme en creux de son sexe :
- ça, c’est ma part !!!

Manquerait plus que l’un(e) ou l’autre sonne et s’invite à bouffer, maintenant !